Le jeune Zéluni était prêt à partir. La confusion régnait, les animaux semblaient interloqués.
— Zéluni ! Zéluni ! Reste avec nous ! Tu es bien trop jeune ! Ce voyage est trop dangereux pour toi ! Personne n'est jamais revenu de la Montagne maudite !
Alors que tous les animaux cherchaient à convaincre Zéluni de ne pas partir, on entendit soudain une toute petite voix s'élever au-dessus du brouhaha. C’était Mélimini la fourmi... Elle se tenait debout et agitait les bras pour se faire remarquer :
— Moi… Moi ! J'irai avec toi !
C’était si drôle que Zéluni se mit à rire. Il riait tant et tant qu'il en avait le hoquet !
— Mélimini, hic ! Tu es minuscule, hic ! Comment voudrais-tu, hic ! M'aider ? Hic ! La Montagne ne ferait qu'une bouchée de ton âme ! Hic !
Et, oubliant aussitôt Mélimini, Zéluni grimpa sur le dos de l'aigle aux ailes d'or qui le déposa à l'entrée des marais. Une barque attendait les intrépides qui voulaient les traverser pour se rendre de l'autre côté. Le temps de remercier l'aigle, Zéluni sauta dans la barque et commença à ramer.
Il rama, rama, rama des heures et des heures. Il rama si longtemps que ses bras se transformèrent en pierre et ses mains en feu. Zéluni se sentait seul. Il aurait tant aimé sentir le souffle du Vent son père sur ses cheveux. Il aurait tant aimé sentir sur sa joue les caresses de la Nuit sa mère. Mais il était seul, au milieu d'un marais aux eaux de plus en plus sombres. Il était seul, il était triste, il avait faim. Il ne cessa pourtant pas de ramer et il chantonna pour se donner du courage :
— Je m’appelle Zéluni, je suis le fils du Vent et de la Nuit. Et je n’ai peur de rien ! Je m’appelle Zéluni, je suis le fils du Vent et de la Nuit. Et je n’ai peur de rien. Je n’ai peur de rien…
La masse noire de la Montagne maudite se rapprochait lentement, bientôt son ombre envahit le petit bateau de Zéluni. De derrière la Montagne des bruits terribles se faisaient entendre. Des grondements, des explosions, des cris...
Zéluni avait froid. Il tremblait. Mais c’était aussi de peur.
© Pierre Mangin 2012
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